Evin, une prison Iranienne
Ma dernière lecture est Prisonnière des mollahs de Zarah Ghahramani. Cette lecture est très touchante mais avant de commenter un peu plus, je vais vous expliquer brièvement l’histoire.

Une jeune étudiante Iranienne est arrêtée en 2001 par une voiture de police sans d’autres explications qu’elle saura bien assez tôt de quoi il s’agit. Elle ne se doute pas qu’elle va passer quelques temps (je ne vous raconte pas tout quand même !) dans la prison tristement célèbre d’Evin, connue pour être experte dans la détention violente des prisonniers, aussi bien criminels que politiques. Par conséquent, cette jeune contestataire littéraire, qui organise et participe à des actions (réunions, meetings, protestations pacifiques) contre le régime actuel en Iran, va découvrir à ses dépens les exactions commises dans ce lieu de tortures. Humiliations, passages à tabac, corruption, enfer de la solitude, etc. Autant de choses que l’auteur nous livre avec beaucoup de réalisme. Face à tant de violence, cette femme issu d’une famille progressiste et tolérante, entre Islam et religion persane, va rapidement perdre les quelques valeurs qu’elle prônait : pour mettre un terme à ses barbaries, elle choisira de valider toutes les accusations qu’on lui reproche, pour autant qu’elles soient fausses pour certaines, et quitte à trahir ses amis.
Ce témoignage est saisissant et poignant. On est loin de la peinture du héros qui résiste à la torture coûte que coûte, tel un agent double zéro. Au contraire, nous vivons l’histoire d’une jeune femme qui rêve à une vie simple et qui ne peut supporter de telles souffrances. Un tableau surréaliste qui vous remet les idées en place. Si vous croyez les camps nazis terminés, les Guantanamo en passe d’être révolu, voilà un récit qui permet de ne pas oublier la bêtise humaine. Tout ça au nom de quoi ? De la religion et de la protection d’un Etat loin de nos démocraties ! Elle ne met pas en cause la religion, bien au contraire. Elle accuse tout le reste : les lois stupides pour imposer un respect des martyrs, le pouvoir corrompu, le régime de l’obéissance, etc. J’ai relevé une citation (chapitre 23) qui frappe par sa véracité : « On affirme toujours que le pouvoir corrompt, mais il vaudrait mieux dire que, pour les puissants, la corruption commence quand le ridicule n’est plus une source d’embarras. » Je vous laisse y méditer.
L’auteur nous livre aussi des informations riches sur la culture et la langue persane, la vision de la jeunesse Iranienne, la vie sous les bombardements, etc. C’est donc un livre très enrichissant si, comme moi, vous avez peu de connaissances sur ce pays et que vous êtes un peu perdu avec l’actualité iranienne. En tout cas, je vous le recommande vivement !
Bonne lecture !